François Hollande a lancé mercredi une contre-offensive médiatique en
une rentrée à hauts risques marquée par une situation économique
nettement dégradée, en détaillant plusieurs initiatives conformes au cap
qu'il s'était fixé, quitte à bousculer à nouveau sa majorité.Mesures
fiscales en faveur des foyers les plus modestes, professions
réglementées, ouverture des magasins le dimanche, réduction du nombre de
députés, situation internationale... Le chef de l?État a choisi le jour
du premier Conseil des ministres après la courte pause estivale pour
s'exprimer dans les colonnes du Monde, en attendant sa quatrième
conférence de presse mi-septembre.
Il réaffirme le "cap" du pacte
de responsabilité et exclut "toute godille ou tout zigzag (qui)
rendrait incompréhensible notre politique et ne produirait pas de
résultats". Trois jours après des propos de son Premier ministre Manuel
Valls, pour qui il est "hors de question" pour son gouvernement de
changer de politique, le chef de l'Etat entend "accélérer les réformes"
et "aller plus vite et plus loin"
Confronté à la dégradation de
la conjoncture économique, avec notamment une croissance nulle au
premier semestre, il soutient ne pas avoir "perdu un seul instant" mais
insiste: "la crédibilité, c'est de ne pas rester immobile, c'est de
s'adapter aux circonstances mais aussi de rester cohérent".
- Rendre l'impôt "plus juste" -
Premières
décisions, en direction des salariés les plus modestes: les mesures
pour compenser la censure par le Conseil constitutionnel de l'essentiel
du volet "solidarité" du pacte de responsabilité.
François
Hollande prévoit ainsi "deux grandes réformes", l'une pour "rendre plus
juste et plus simple le barème de l'impôt sur le revenu notamment pour
les premières tranches, c'est-à-dire pour les contribuables modestes et
moyens". L'autre doit fusionner "la prime pour l'emploi et le RSA
activité pour favoriser la reprise du travail et améliorer la
rémunération des salariés précaires".
Manuel Valls apportera
"dans les jours qui viennent" des "clarifications" sur ces mesures, qui
seront dans la loi de finances, a déclaré le porte-parole du
gouvernement.
Le chef de l'Etat confirme aussi la réforme
controversée des professions réglementées annoncée par Arnaud
Montebourg, ministre de l?Économie, qui fera l'objet dès septembre d'un
"projet de loi sur le pouvoir d'achat". Ce texte adaptera également "la
réglementation sur l'ouverture des magasins le dimanche", une question
non moins controversée.
- Pas de "face à face" avec Berlin -
François
Hollande s'en remet en revanche au patronat et aux syndicats pour
parvenir à un accord sur les seuils sociaux, qui multiplient les
obligations des entreprises quand leurs effectifs augmentent, au risque,
selon certains, de freiner les embauches. "Ma méthode, c'est la
négociation", fait-il valoir, tout en prévenant que "le gouvernement
saisira le Parlement" faute d'accord entre les partenaires sociaux.
Face
à la grogne dans les rangs socialistes, il appelle à la cohésion de sa
majorité, prévenant qu'en 2017, le "jugement sera à la fois porté sur le
président, le gouvernement et la majorité". "Qu'ils restent unis",
exhorte-t-il à une semaine de l'université d'été du PS à La Rochelle.
"Le
débat ne peut pas rebondir sur chaque texte", avertit encore François
Hollande alors que des interrogations subsistent sur le vote du budget
2015 par les députés "frondeurs".
Le chef de l'Etat réaffirme sa
volonté d'introduire une part de proportionnelle dans l'élection des
députés, l'une de ses promesses de campagne. "J'y suis prêt si une
majorité peut s'accorder sur cette orientation" avec, de surcroît, "une
réduction du nombre de parlementaires"
Dans un vaste tour
d'horizon de la situation internationale qu'il juge "la plus grave"
depuis 2001, François Hollande annonce par ailleurs qu'il proposera
prochainement "une conférence sur la sécurité en Irak et la lutte contre
l'Etat islamique".
Interrogé sur la fin de non-recevoir opposée
par l'Allemagne à ses appels à une réorientation des politiques
européennes en faveur de la croissance et de l'emploi, il répond par le
refus d'un "face à face" avec Berlin.
"Il s'agit d'un débat
européen", fait-il valoir, réclamant une nouvelle fois que "toutes les
flexibilités prévues par les traités en cas de circonstances
exceptionnelles" soient exploitées afin d'"adapter" le rythme des
réduction des déficits publics. Ceux-ci, a admis le ministre des
Finances Michel Sapin, dépasseront les 4% du PIB en France cette année,
ce qui exclut de facto un retour aux 3% en 2015 comme le pays s'y était
engagé.
"Réaffirmant le cap tout en modulant le rythme, le
président propose aux Français de persévérer et de se rassembler", s'est
félicité le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis.
Pour Luc
Chatel, secrétaire général intérimaire de l'UMP, ces déclarations ne
sont "pas à la hauteur de la gravité de la suituation".
M.
Hollande "parle en réalité depuis un radeau coulé, sans la moindre
espérance d'un léger vent dans les voiles, au milieu d'un océan
d'austérité, suivant une route tracée par Merkel et Gattaz" a déploré le
PCF.